C’est en se dressant face à l’animal et l’image
qu’il s’en fait, que l’homme s’est constitué,
le domestiquant, tentant de le circonscrire voire de l’éliminer
; mais aussi parfois de l’intégrer, de l’incorporer (voyez
le mythe de Pasiphaé qui engendra le Minotaure). Cela a toujours été
une de ses préoccupations majeures. Oui, qu’est-ce qui me différencie
de lui ? qui a-t-il de lui en moi ou de moi en lui ? où est la frontière
? Mais la limite a toujours été mouvante et nous sommes aujourd’hui
fort éloignés, par exemple, de la conception de Descartes d’un
animal-machine.
Il nous est de même difficile, dans l’histoire de l’Homme,
de mettre une étiquette sur ce qui serait le premier homme, celui qui
se serait « hissé » hors de la condition animale, et sans
doute parce que nous ne savons pas plus définir l’animal. Nous
ne savons d’ailleurs pas non plus, dans l’histoire d’un
homme, dire à quel moment, d’embryon, cet amas de cellules devient
un être humain. Plus la science se développe et plus nous constatons
en fait un continuum allant du règne végétal à
l’homme en passant par l’animal, et encore n’est-ce sans
doute pas une ligne aussi simple et droite, mais plutôt un archipel
ou un labyrinthe. Nous commençons alors à comprendre que si
l’homme évolue, il co-évolue avec les espèces qu’il
côtoie. Peu à peu, nous prenons conscience, nous hommes occidentaux,
que tous les êtres vivants sont colocataires sur cette planète,
et peut-être au-delà.
L’homme, sans doute, est-il le seul, à ce jour, à se poser
ces questions sur sa propre existence. Mais nous pouvons imaginer que ces
nouveaux « êtres » que nous créons, ordinateurs et
robots, puissent être capables bientôt d’empathie et d’autonomie.
Comment les appellerons-nous alors ? Humains ?
Toutes ces questions sont présentes dans ce travail, en parallèle
de la pure réflexion et jouissance de la couleur, de la forme et de
la matière et leur débordement.
Mais alors, venant de notre passé et traversant de nombreuses civilisations,
ces êtres fabuleux, mi-hommes, mi-bêtes, ne sont-ils pas, en réalité,
un trouble reflet de l’avenir que nous préparons ?
Étienne Yver 2007
Dans le dédale de cette exposition, le papier est le fil rouge. Même
si quelques toiles sont présentes, ici le papier est roi. Il accueille
le crayon, l’encre, la peinture, gouache, huile ou acrylique.
Il est en planches séparées ou relié en carnets ;il est
grand ou petit. Lorsque je me déplace, il en traîne toujours
dans ma poche ; lors d’un voyage, il sert le hasard des rencontres
; il sait discrètement être le confident d’une idée
qui passe ou ostensiblement le support d’un ouvrage de longue haleine
(les Quatrains d’Omar Khayyâm, les Sonnets de Shakespeare, les
Fables de La Fontaine, ou, par exemple, Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée
d’Apollinaire).
Parfois, il peut aussi être aux premières loges du travail de
préparation d’une toile ou d’un projet à venir encore
vague (la Divine Comédie de Dante).
Il est donc souvent de l’ordre de l’intime et d’un usage
privé ; et beaucoup de ce qui est montré ici n’est jamais
sorti de l’atelier, ou na jamais été montré.
Il me plaît que ce soit dans le sein d’une bibliothèque
qu’on puisse découvrir ces travaux sur papier, car, pour beaucoup,
ils sont redevables aux livres qui les ont nourris. Et j’aime ces lieux
de recueillement à qui je dois de merveilleuses rencontres et de belles
histoires d’amour et de peinture.
Étienne Yver 2007


















































