Le Fonds Régional d’Art Contemporain consacre, cet hiver, une double exposition à l’œuvre d’Étienne Yver autour d’un thème commun : les figures de la Mythologie. En effet, l’idée de pastiches et d’hommages, de relecture et de détournement des formes et des textes du passé est au cœur du travail plastique de ce peintre originaire de Basse-Normandie.
Son exposition à Art Station, à Neufchâtel-en-Bray, sera dominée par le personnage du Minotaure à travers un choix d’huiles sur toile, de peintures sur bâche et de sculptures. À la bibliothèque de Sotteville-lès-Rouen, livres d’artistes, carnets de croquis et œuvres sur papier restitueront le foisonnement de ses approches multiples autour de la représentation de la figure humaine ou animale, en particulier ses différents bestiaires. Mais seront également présentées ses variations libres autour de textes littéraires comme les sonnets de William Shakespeare, ou ses carnets de voyages dont plusieurs font déjà partie de la collection du Frac Haute-Normandie.
Artiste aux multiples facettes, Étienne Yver s’est constitué peu à peu une oeuvre singulière, en la plaçant sous la lumière de l’expressivité et de l’humour autant que dans l’ombre des grands textes philosophiques et poétiques.
À travers ces deux expositions, c’est d’abord la diversité des techniques, la virtuosité de l’écriture et l’utilisation particulièrement dynamique de la couleur qui seront mises en relief.
Mythiques
rencontres sur la toile
Art-Station, Neufchâtel-en-Bray,
8 décembre 2007-20 janvier 2008

C’est en se dressant face à l’animal et l’image qu’il s’en fait, que l’homme s’est constitué, le domestiquant, tentant de le circonscrire voire de l’éliminer ; mais aussi parfois de l’intégrer, de l’incorporer (voyez le mythe de Pasiphaé qui engendra le Minotaure). Cela a toujours été une de ses préoccupations majeures. Oui, qu’est-ce qui me différencie de lui ? qui a-t-il de lui en moi ou de moi en lui ? où est la frontière ? Mais la limite a toujours été mouvante et nous sommes aujourd’hui fort éloignés, par exemple, de la conception de Descartes d’un animal-machine.
Il nous est de même difficile, dans l’histoire de l’Homme, de mettre une étiquette sur ce qui serait le premier homme, celui qui se serait « hissé » hors de la condition animale, et sans doute parce que nous ne savons pas plus définir l’animal. Nous ne savons d’ailleurs pas non plus, dans l’histoire d’un homme, dire à quel moment, d’embryon, cet amas de cellules devient un être humain. Plus la science se développe et plus nous constatons en fait un continuum allant du règne végétal à l’homme en passant par l’animal, et encore n’est-ce sans doute pas une ligne aussi simple et droite, mais plutôt un archipel ou un labyrinthe. Nous commençons alors à comprendre que si l’homme évolue, il co-évolue avec les espèces qu’il côtoie. Peu à peu, nous prenons conscience, nous hommes occidentaux, que tous les êtres vivants sont colocataires sur cette planète, et peut-être au-delà.
L’homme, sans doute, est-il le seul, à ce jour, à se poser ces questions sur sa propre existence. Mais nous pouvons imaginer que ces nouveaux « êtres » que nous créons, ordinateurs et robots, puissent être capables bientôt d’empathie et d’autonomie. Comment les appellerons-nous alors ? Humains ?
Toutes ces questions sont présentes dans ce travail, en parallèle de la pure réflexion et jouissance de la couleur, de la forme et de la matière et leur débordement.
Mais alors, venant de notre passé et traversant de nombreuses civilisations, ces êtres fabuleux, mi-hommes, mi-bêtes, ne sont-ils pas, en réalité, un trouble reflet de l’avenir que nous préparons ?

Étienne Yver 2007

Livres d’artistes, carnets de voyage et autres œuvres sur papier
Bibliothèque de Sotteville-lès-Rouen
13 décembre 2007-19 janvier 2008

Dans le dédale de cette exposition, le papier est le fil rouge. Même si quelques toiles sont présentes, ici le papier est roi. Il accueille le crayon, l’encre, la peinture, gouache, huile ou acrylique.
Il est en planches séparées ou relié en carnets ;il est grand ou petit. Lorsque je me déplace, il en traîne toujours dans ma poche ; lors d’un voyage, il sert le hasard des rencontres ; il sait discrètement être le confident d’une idée qui passe ou ostensiblement le support d’un ouvrage de longue haleine (les Quatrains d’Omar Khayyâm, les Sonnets de Shakespeare, les Fables de La Fontaine, ou, par exemple, Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée d’Apollinaire).
Parfois, il peut aussi être aux premières loges du travail de préparation d’une toile ou d’un projet à venir encore vague (la Divine Comédie de Dante).
Il est donc souvent de l’ordre de l’intime et d’un usage privé ; et beaucoup de ce qui est montré ici n’est jamais sorti de l’atelier, ou na jamais été montré.
Il me plaît que ce soit dans le sein d’une bibliothèque qu’on puisse découvrir ces travaux sur papier, car, pour beaucoup, ils sont redevables aux livres qui les ont nourris. Et j’aime ces lieux de recueillement à qui je dois de merveilleuses rencontres et de belles histoires d’amour et de peinture.

Étienne Yver 2007

Ainsi, les jeux de lignes et de matières, de transparences, de superpositions et de recouvrements sont-ils les fils conducteurs de ce travail fondé sur l’ouverture et l’inventivité.

MYTHIQUES et carnets de voyage

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