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“L'esprit de gaieté ensoleillée,
de tendre légèreté de Mozart
dont la gravité respire la douceur. ”
Nietzsche, Le voyageur et son ombre"
2006, deux cent cinquantième anniversaire de la naissance de Mozart. Deux ans auparavant, mon ami de Vienne, Heinz Adamek, me propose de travailler « sur Mozart ». Et la conversation avec Mozart s’engage. Je connaissais bien sûr certaines œuvres de Mozart, mais cette plongée dans cet univers vaste et complexe m’a révélé un artiste de l’immodération dionysiaque, du débordement, de la générosité, de l’abondance, du trop-plein, et à la fois du contrôle absolu qui tend vers le silence : écoutez ses dernier quatuors ! Pendant une année au moins, je n’ai eu que Mozart comme horizon et les formes de mes traductions plastiques ont été diverses : je me suis projeté dans ce que je pouvais imaginer de la Vienne d’alors (« Petite suite viennoise ») ; je me suis glissé dans la vie de Mozart et de ses amis (« W.A.M. et moi ») ; j’ai imaginé ce que pourrait être une affiche pour chacun de ses dix-neuf opéras ; et j’ai utilisé jusqu’aux papiers de chocolats que je me suis fait envoyer de Vienne qui sont devenus « Le journal d’un gourmand de Mozart », délicieuse plongée, comme on peut l’imaginer, dont on ne sort pas tout à fait le même.

MOZART

Je ne sais pas pourquoi ni comment, le matin, souvent se réveille-t-on avec une mélodie dans la tête.
Et cet air qui vous accompagne sur le chemin de l’atelier est encore là lorsque vous vous mettez à peindre.
Bien souvent c’est Mozart qui ainsi m’escorte.

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Fascination

Aussi, c’est cette présence que j’ai ici choisie comme thème pictural. Et qui pouvait être plus riche en images, en drames, en réflexions philosophiques et en fascination que Mozart ?

Cet artiste-aventurier a fait siens, comme autant de langues maternelles, tous les langages musicaux et les idées qui lui étaient disponibles, dans un travail de synthèse que, anachroniquement, on appellerait aujourd’hui “post-moderne ”, pour la plus personnelle et la plus belle des musiques.

Joie

« Le beau, c’est ce qui désespère »
Ne pourrait-on attribuer à la musique de Mozart ces mots de Paul Valéry ? Mais certes pas dans un sens de tristesse ; mieux, dans celui du rien de plus à espérer : une acceptation de la réalité telle qu’elle est.

Très curieusement, la musique de Mozart est si belle qu’elle nous console de la tristesse dans laquelle elle nous plonge, par le glissement qu’elle sait opérer du plus sombre au plus lumineux, du plus angoissé au plus serein. Du néant à l’être. Il y a ce sentiment que la vérité est du côté de la joie. Dans cette prière, au sens d’une « attention absolument pure » (Simone Weil), ce que Mozart nous demande, et à la fois nous offre, peut alors se passer des dieux.

Il y a, dans notre écoute de Mozart, quelque chose qui tend à la spiritualité la plus élevée, loin des églises et des dogmes. Une musique extrêmement savante, bien sûr, mais simple, pure et lumineuse.

Peinture

Alors, que me reste-t-il à en faire ? Sûrement, tenter de « ne plus peindre avec des couleurs, mais avec des sentiments », comme disait le peintre Chardin. Et puisque cette musique dialogue à parts égales avec notre cœur, notre esprit et nos sens, m’attacher alors aux trois étalons de Mozart dans son art du chant:
« gusto, metodo, espressione »