Étienne Yver, mars 2007
Disons-le tout de suite : ce n’est pas une longue route ou un approfondi compagnonnage qui a amené ce que nous allons présenter ici. Grâce à l’Institut Français de Marrakech qui m’invitait en résidence, j’ai lu la poésie de Yassin Adnan pour la première fois ; c’était « Le récif de l’effroi » (éditions Marsan, à Rabat) ; et c’était en octobre 2006. Je l’ai alors contacté, et il a découvert mon travail sur mon site Internet.
J’ai proposé à Yassin Adnan une conversation artistique dans une modalité que je crois inédite. Ce serait chacun dans sa langue propre : les mots pour lui, la peinture, pour moi. Je désirais une collaboration active, en direct, dans un esprit partagé de création. J’envisageais comme un jeu de ping-pong où le filet et la table seraient le monde. La partie serait très brève, car une présentation au public, en fin de course, serait prévue à l’échéance d’un mois à l’Institut Français de Marrakech.
Dès l’amorce de ce travail, il s’est clairement dessiné qu’il ne s’agirait en aucun cas ni d’illustration, ni d’une traduction littérale d’un travail par un autre. Au contraire, chacun puiserait ce qui résonnerait en lui-même dans l’univers qui lui était proposé.
Ce faisant, comme des vases communicants, chacun attirerait l’autre sur des terres qu’il n’aurait sans doute pas foulées de lui-même. Le thème générique de voyage qui préside à cette exploration, met en avant, en toute clarté, ces notions qui nous sont précieuses de rencontre, de correspondances et de la liberté du choix aux croisées des chemins.
Le jeu se déroule à Marrakech, au riad Denise Masson, sous l’égide de l’Institut Français, et grâce à la bienveillance de son directeur, Jean-José Rieu et de son équipe. Cet échange se déroule sous le regard de Viktor Pêche qui réalise un film tout au long de cette résidence.
Comme on peut l’imaginer, le travail est dense et soutenu, car il faut tenir ce délai fou. Nous sentons pourtant que la brièveté du temps imparti, et notre rencontre de fraîche date sont deux éléments forts et fécondants de cette odyssée. Dans l’enthousiasme et la joie de créer, chaque jour apporte ses surprises. Et même si pour nous, l’important est le travail au jour le jour, j’avoue que je suis fort curieux, avec la distance de l’accrochage, de voir le résultat.
Yassin Adnan, mars 2007
Aller au paradis des couleurs est un autre voyage qui mène à la poésie. Aussi, quand Étienne m’a contacté et proposé cette complicité extraordinaire au carrefour merveilleux du mot et de la couleur, je me suis retrouvé comme quelqu’un qui reconquiert un rêve ancien. Tous les enfants ont rêvé d’un jour devenir peintre, et voici que l’enfant réalisait son rêve ; voici que je pénétrais dans l’atelier d’Étienne, non comme un étranger ou un visiteur, mais comme partenaire d’un jeu.
Alors, ici, dans cette partie, dans cette rencontre, le poème se développe
dans un va-et-vient, une respiration : inspiré par les propositions
de ses peintures, je retourne à mon poème pour reprendre mon
travail de peintre, de peintre à ma propre manière. Et à
l’inverse, je recueille, ravi, l’interprétation très
personnelle et très poétique qu’Étienne a de mes
vers.
Dès le début, nous avions décidé de travailler
autour du thème du voyage : transits, aéroports et correspondances.
Mais ce que nous avons découvert est une autre aventure. Elle nous
attendait ici, à Marrakech : un voyage dans la toile, un voyage dans
le poème ; un voyage qui nous emmène à l’humain.