(…) Vers trois heures, Elomar apparaît à l'atelier avec Viktor. Le tavail a l'air de beaucoup lui plaire. Il parle d'Ars Nova. « Une fleur de lotus peut donc vraiment pousser sur une décharge ! », dit-il, reprenant une conversation que nous avions eue dans le Sertão : pour lui, les médias sont des ordures. Il regarde aussi ce carnet de voyage, et nous dédicace son roman Sertanilias : « Pour les chevaliers malungos Étienne et Victor comme souvenir de Sertão, agosto 2009 ». Quand nous étions chez lui, dans le Sertão, Elomar nous avait expliqué le sens de ce mot, malungo : il se définit par cette relation d'amitié forte et indestructible qui peut lier deux chevaliers, deux cavaleiros, des companheiros de viagem pour la vie. Nous allons alors ensemble dans les bureaux de la Fondation Casa dos Carneiros où il nous offre à chacun un CD qu'il nous dédicace aussi. Pour moi : « Pour Étienne, Estes cartas Catingueiras ». Nous quittons Elomar et nous avons conscience, tous les trois, je crois, que c'est là un adieu, pas un au revoir. Elomar a des larmes dans les yeux. Nous sommes très troublés, mais retenus comme il se doit entre malungos.

Six heures. La mer est loin et je vais devoir attendre pour me baigner. Viktor et moi passons la matinée à travailler ensemble sur le générique de son film qui s'appellera « MALUNGOS ». « Dans le Sertão quand deux cavaleiros se lient d'une amitié profonde, ils deviennent… malungos ». Ainsi commence le film. Ensuite, six chapitres se succèdent : « QUINTA PITANGA, après un long voyage ; la nuit, les songes, la découverte sous les étoiles » ; « LE ROYAUME D'ELOMAR, rencontre avec un Sertão incertain » ; « VITÓRIA, la déroute de la Conquista » ; « LA CASA DOS CARNEIROS, une romance de la terre » ; « LE PENTAGONE de l'hexagone » ; et efin, « FORRÓ, une invitation à la danse ». (…)
Belle nouvelle, Viktor a fini et gravé le film sur DVD. Allons prendre le petit déjeuner !
Test sur un téléviseur vétuste de la bibliothèque municipale : ça marche.
Bain. Déjeuner. Sieste. Seize heures, Kombi. Dix-sept heures, lanchinha. Dix-huit heures, Museu de Arte Moderna. Nous découvrons la finalisation de l'accrochage et en particulier les éclairages qui n'étaient pas terminés vendredi. Je fais ajouter un projecteur dichroïde sur le texte de História de Vaqueiros. Installation du DVD.
(…) Viktor est en noir avec son T-shirt « Nobody is perfect, I am nobody ». Je suis en clair, pantalon beige et chemise blanche. Beaucoup de monde, Champagne et petits fours à côté, aux vernissages concomitants des Brésiliens. À Viktor, je présente Stella, numéro deux du MAM et qui devait être notre curatrice : longue discussion entre eux. Pinga dans l'installation que présente une artiste brésilienne : elle a reconstitué le magasin de son père. Art ? je ne sais pas, mais « muita pinga, muitos risos », (Assimil, leçon 6).
Beaucoup de gens regardent le film de Viktor, particulièrement fascinés par ce Sertão qui ici apparaît si lointain, énigmatique. Le titre du film aussi est un mystère, même pour les Brésiliens : le mot malungo ne semble pas être un mot portugais, mais une expression du Sertão ; en tous les cas, plusieurs personnes ici à Salvador m'ont demandé ce qu'il signifiait. (…)